"La vie devant soi"
Voici l'incipit (le début) d'une oeuvre majeure de Romain Gary du pseudonyme duquel il l'a signé Emile Ajar, pour lequel il reçu le prix Goncourt en 1975. Il raconte l'histoire d'amour profonde entre une très vieille jeune femme juive et un petit arabe nommé Momo.
La première chose que je peux vous dire c'est qu'on habitait au sixième à pied et que pour Madame Rosa, avec tous ces kilos qu'elle portait sur elle et seulement deux jambres, c'était une vraie source de vie quotidienne, avec tous les soucis et les peines. Elle nous le rappelait chaque fois qu'elle ne se plaignait pas d'autre part, car elle était également juive. Sa santé n'était pas bonne non plus et je peux vous dire aussi dès le début que c'était une femme qui aurait mérité un ascenseur.
Je devais avoir trois ans quand j'ai vu madame Rosa pour la première fois. Avant, on n'a pas de mémoire et on vit dans l'ignorance. J'ai cessé d'ignorer à l'âge de trois ou quatre ans et parfois ça me manque.
Il y avait beaucoup d'autres Juifs, Arabes et Noirs à Belleville, mais Madame Rosa était obligée de grimper les six étages seule. Elle disait qu'un jour, elle allait mourir dans l'escalier, et tous les mômes (qu'elle gardait,ndlr) se mettaient à pleurer parce que c'est ce qu'on fait toujours quand quelqu'un meurt. On était tantôt six ou sept, tantôt même plus là dedans.
La vie devant soi, de Romain Gary*, (1974)
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------J'espère juste que ce petit moment vous as plu! Il faut savoir que tout le roman est à l'image de ce passage, c'est à dire poétique, drôle, et incroyablement envoutant. Si vous pouvez vous le procurez, n'hésitez pas, car on ne lit pas beaucoup de livre comme celui-ci dans une vie. J'y ferais surement reférence à maintes reprises, et vous proposerais plus tard une étude globale de l'oeuvre.